Hypersensibilité : pourquoi ce n’est pas un frein au leadership
On entend souvent dire que la sensibilité, l'hypersensibilité, serait un frein au leadership, voire au management. C'est faux. Et si cette idée est aussi répandue, c'est qu'on se fait une image fausse de ce qu'est vraiment l'hypersensibilité, et de ce qu'est vraiment le leadership.
Il y a pourtant beaucoup d'exemples qui prouvent le contraire. Steve Jobs, souvent décrit comme un hypersensible intuitif et visionnaire. Richard Branson. Satya Nadella, PDG de Microsoft, qui a fait de l'empathie une valeur centrale de son leadership. Et plus près de nous, Amandine Bart, fondatrice de SEO Sans Migraine, la numéro 1 du SEO en France, qui parle très ouvertement de son hypersensibilité comme d'un atout professionnel majeur.
J'ai eu la chance d'interviewer Amandine l'année dernière, et j'ai repris quelques extraits de cette interview pour illustrer ce sujet.
Dans cet article (comme dans l'épisode qui l'accompagne), on revient sur ce qu'est vraiment le leadership, ce qu'est vraiment l'hypersensibilité, pourquoi l'hypersensibilité n'est pas un frein, quels sont les vrais freins, et les clés concrètes pour développer ton leadership.
Qu'est-ce que le leadership, vraiment ?
Le mot "leadership" traîne avec lui beaucoup de croyances et de clichés. Pour beaucoup de gens, c'est une personne qui parle fort, qui prend beaucoup de place, qui tranche vite, qui doute peu, qui semble toujours sûre d'elle.
Sauf que ça, ce n'est pas le leadership.
Le leadership, ce n'est pas avoir un titre de manager, de directeur ou de fondateur. Ce n'est pas parler fort ni parler le plus. Ce n'est pas ne jamais douter.
Le leadership, c'est oser être pleinement soi. C'est oser s'affirmer, dire ce qu'on pense, poser ce qui compte vraiment pour soi, même quand ça ne va pas dans le sens des autres. C'est être authentique, agir en cohérence avec ses valeurs plutôt que d'endosser un rôle qui ne nous ressemble pas.
D'ailleurs, si tu regardes les personnes que tu trouves inspirantes, en qui tu as envie de faire confiance, ce sont en général des personnes authentiques.
Le leadership, c'est ce que tu fais quand tu défends une idée en réunion, même minoritaire. C'est ce que tu fais quand tu recadres calmement une situation qui te semble injuste, que tu sois à la tête d'une équipe de 50 personnes ou simplement témoin d'un truc qui cloche.
Le leadership n'est réservé à aucun profil. Tout le monde peut en avoir. Ce n'est lié ni à ton fonctionnement, ni à ta sensibilité.
En synthèse, le leadership, c'est être bien dans ses baskets. C'est avoir une bonne estime de soi, une vraie confiance en soi. Concrètement, ça veut dire être solide face au jugement des autres.
Et ça, ce n'est pas inné. Ce n'est pas gravé dans le marbre. C'est quelque chose qui se développe et qui s'entretient. Et surtout, ça n'a rien à voir avec ton degré de sensibilité.
Qu'est-ce que l'hypersensibilité, vraiment ?
Être hypersensible, c'est avant tout capter plus d'informations que les autres : plus de détails, plus de nuances, plus de signaux, dans une situation, chez une personne, dans une ambiance. Et c'est avoir un mental puissant, câblé pour traiter toutes ces informations en profondeur.
On confond souvent hypersensibilité et émotivité. Ça n'a pourtant rien à voir : on peut être hypersensible et émotive, mais on peut aussi être émotive sans être hypersensible.
Ce qui te fait douter de toi en permanence, ce qui t'amène à te protéger du jugement des autres, à vouloir tout faire parfaitement, ce n'est pas ton hypersensibilité. C'est un manque d'estime de soi.
Ce sont deux choses bien différentes. Mais quand elles se combinent, un mental qui capte énormément et une estime de soi qui n'est pas encore assez solide pour accueillir tout ça sereinement, ça peut vite devenir compliqué à gérer : la charge mentale et émotionnelle grimpe, parce que ton mental cherche à te protéger du regard des autres.
Pourquoi l'hypersensibilité n'est pas un frein
Il y a une phrase qu'on t'a peut-être déjà dite, ou que tu t'es peut-être déjà dite toi-même : "tu es trop sensible pour manager." Amandine Bart a vécu exactement cette phrase, un jour. Et sa réponse résume à elle seule tout ce sujet :
"Je me rappellerai toujours d'une discussion que j'ai eue, un jour, on m'a dit, t'es trop sensible pour être manager. Je lui ai dit, est-ce que c'est pas toi qui n'es pas assez sensible pour être manager ? Il n'y a pas eu de réponse à cette discussion. On est resté comme ça pendant des mois."
Ta sensibilité te donne un radar. Être hypersensible, c'est avoir un récepteur puissant : tu accèdes à des informations que les autres n'ont pas. Et ce radar est un atout, pas un frein. Un leader qui a un radar aussi précis, c'est un leader qui prend de meilleures décisions.
Ensuite, oser montrer sa vulnérabilité, ce n'est pas de la faiblesse. C'est même l'inverse. Personne n'est invulnérable : ça n'existe pas. Amandine le dit très bien :
"On m'a tellement dit qu'à cause de, je cite, à cause de cette sensibilité, je ne serais pas respectée ou cela, je serais fragile. Alors qu'en fait, être capable d'être sensible, de comprendre son équipe, de se comprendre soi et d'oser montrer une forme de vulnérabilité, il n'y a pas meilleure preuve de respect pour les autres et pour soi."
Prends un instant pour laisser cette phrase infuser. Elle retourne complètement l'image qu'on t'a vendue du leadership. On t'a vendu un leader qui ne montre rien, qui encaisse tout en silence. Mais ce silence-là, ce n'est pas de la solidité. C'est souvent juste du contrôle, et un contrôle qui n'inspire pas la confiance. Pour être un bon manager, on a justement besoin de créer des relations de confiance avec son équipe. Ce contrôle apparent, c'est souvent de la retenue, parfois même de la peur, cachée derrière une façade impassible.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, être sensible, ce n'est pas être fragile. La vraie force, c'est d'accepter sa vulnérabilité, pas de ne plus rien ressentir, mais d'accepter ce que l'on ressent. Quelqu'un qui a le courage de lâcher des larmes, c'est quelqu'un de profondément solide.
Enfin, ta sensibilité te permet de créer une vraie relation de confiance avec les personnes autour de toi. Parce que tu écoutes vraiment, tu es authentique, tu es pleinement toi, et les gens ont envie de te suivre. Tu comprends ce que les gens traversent, pas seulement ce qu'ils disent. Et ça, c'est la base de tout leadership qui tient dans la durée : pas la peur, pas l'autorité, la confiance.
Le vrai frein à ton leadership : le manque d'estime de soi
Le vrai frein à ton leadership, ce n'est pas ton hypersensibilité. C'est le manque d'estime de soi.
Ça part souvent d'un postulat inconscient : se dire qu'on a un peu moins de valeur que les autres. Cette croyance te met dans une posture particulière, où tu restes en attente de validation, d'approbation des autres. Tu as besoin que l'extérieur te confirme que tu as le droit d'être là, de prendre la parole, de t'affirmer.
Ce manque d'estime de soi s'exprime à travers plusieurs mécanismes.
La peur du jugement des autres
Tu anticipes en permanence la réaction de l'autre. Avant même de prendre la parole, tu évalues déjà comment ça va être reçu, qui risque de te trouver "trop", qui risque de se braquer. Cette anticipation constante t'épuise autant qu'elle te freine. Tu restes suspendu à ce que l'autre va penser, au lieu de rester ancré dans ce que toi, tu penses.
Le perfectionnisme
C'est une stratégie pour se protéger, justement, du jugement des autres. Tu te dis que tu dois avoir raison à 100% avant de t'exprimer, que ton idée doit être parfaitement ficelée avant d'être partagée. Tu as sans doute déjà vécu cette scène : tu es en réunion, tu as une idée, tu n'oses pas la dire parce que tu n'es pas sûre, et quelqu'un d'autre la dit à ta place. Grosse frustration. Pendant que tu attends, que tu retravailles, que tu repousses, quelqu'un d'autre, souvent avec une idée moins aboutie que la tienne, prend la place que tu aurais pu prendre.
Le syndrome de l'imposteur
Ce moment où, malgré tes compétences et tes résultats, tu te dis que tu n'es pas vraiment légitime, que tu as eu de la chance de te retrouver là où tu es.
La suradaptation
L'habitude de te fondre dans ce qu'on attend de toi, de dire oui quand tu penses non, de lisser ton discours pour ne froisser personne, jusqu'à, parfois, ne plus savoir ce que toi, tu penses vraiment.
C'est quelque chose que j'ai vécu longtemps. Et c'est ce qui m'a fait prendre conscience, un jour, que je ne savais même pas qui j'étais : j'étais tellement occupée à m'adapter constamment aux autres que je ne me posais jamais la question de savoir ce que j'aime, ce qui me fait vibrer, ce qui est vraiment important pour moi.
Tu vois le fil rouge entre ces quatre mécanismes ? Aucun n'est lié à ton hypersensibilité. Ce sont des croyances, des habitudes, des réflexes de protection que tu as construits au fil du temps.
Les clés pour développer ton leadership
La clé, sans surprise, c'est de développer ton estime de toi.
Ça commence par apprendre à te connaître vraiment, à t'accepter, à t'aimer. Ça veut dire comprendre ton hypersensibilité et l'apprivoiser, plutôt que de continuer à te battre contre toi-même. Arrêter de lutter contre ce que tu es, pour commencer à faire équipe avec toi-même.
C'est exactement ce que dit Amandine quand elle explique comment elle a appris à se faire confiance :
"En fait, il faut se faire confiance. OK, les autres ne nous font pas confiance, peut-être, pour l'instant, mais il faut déjà démarrer par se faire confiance à soi, être son ou sa propre meilleure amie. Moi, c'est vraiment comme ça que je me considère. Je suis ma plus grande meilleure amie. Donc si je ne me fais pas confiance et que je ne me soutiens pas comme je soutiendrais ma meilleure amie, déjà il y a un problème. Donc si je commence par là, je pourrais déjà être mon propre rocher. Et ce qui est fou, c'est que quand on commence à se faire confiance, on libère énormément de choses."
Te traiter comme ta propre meilleure amie : voilà, en une phrase, ce que veut dire développer son estime de soi. C'est quelque chose à faire progressivement, et à continuer de faire dans la durée.
Comprendre ne suffit pas
Tout ce qui précède ne se fait pas en lisant des livres, ni en analysant, ni en comprenant. Même si tu as pleinement conscience que tu manques d'estime de toi, même si tu as identifié pourquoi, tu vas quand même continuer, malgré tout, à lutter contre toi-même. C'est très frustrant, mais comprendre ne suffit pas.
Je le vois énormément chez mes clientes (je dis "elles" parce que ce sont majoritairement des femmes qui viennent à moi, mais j'accompagne aussi des hommes) : elles ont déjà conscientisé beaucoup de choses, elles ont fait une thérapie, parfois plusieurs, et pourtant elles n'arrivent toujours pas à s'affirmer au quotidien, à être pleinement elles-mêmes.
L'estime de soi, c'est concret. Ça passe par l'action. Tant que tu ne changes rien dans ton quotidien, tu ne verras aucune évolution. Quand on est hypersensible, on a tendance à rester dans l'analyse et la compréhension, une étape importante, mais qui ne suffit pas. Il faut ritualiser des routines, agir au quotidien, progressivement. On ne développe pas son estime de soi en 28 jours.
Une approche globale
Quand on est hypersensible, on a tendance à rester très dans son mental : analyser encore et encore, lire d'autres livres, regarder d'autres vidéos. Sauf qu'analyser davantage ne va pas t'aider davantage.
On est un tout. Il faut travailler le mental, mais aussi les émotions et le corps. On a parfois le réflexe de vouloir travailler uniquement sur ses émotions (le stress, l'angoisse), parce que c'est ce qui fait le plus souffrir, et qu'on a envie de soulager cette souffrance rapidement. Mais si on ne travaille pas sur les causes de cette anxiété, comme le manque d'estime de soi ou la peur du jugement des autres, on continue à générer une charge mentale et émotionnelle très forte. Travailler uniquement sur les émotions, c'est un peu mettre un petit pansement sur une grosse hémorragie.
Passer à l'action, créer des habitudes, ce n'est pas simple quand on est hypersensible : le mental veut du plaisir, de la satisfaction et du résultat rapidement. On a donc besoin d'un cadre et de mécanismes de soutien.
Pour aller plus loin
C'est exactement pour ça que j'ai créé Puissance douce, le programme que j'aurais voulu trouver à l'époque. Un programme de 6 mois (parce que ça prend du temps), basé sur une approche globale et sur l'action. Je t'aide à créer des choses, à ritualiser des routines, avec une vraie boîte à outils que tu repars et que tu gardes, parce que ce qui fonctionne pour une personne ne fonctionne pas forcément pour une autre. La méditation, par exemple, est un super outil, mais elle ne convient pas à tout le monde, et si un outil ne te convient pas, tu ne réussiras jamais à le ritualiser.
Si tu veux en discuter, tu peux réserver un audit gratuit avec moi : un rendez-vous de 45 minutes pour identifier tes blocages et voir, ensemble, si je suis la bonne personne pour t'accompagner. Sans engagement.
Cet article s'appuie sur l'épisode "Pourquoi l'hypersensibilité n'est pas un frein au leadership ?" du podcast Sensible mais pas fragile. Tu peux l'écouter ici ou le regarder sur YouTube.